Archives de catégorie : recensions

A la découverte des chapelles de Suisse par Claude Quartier

C’est un vrai2015 Recension_Quartier_JH_Image beau livre que celui que Claude Quartier vient tout récemment de publier aux Editions Marcel Favre. Un livre qui séduit doublement : par la qualité du texte et des illustrations d’une part et, d’autre part, par le soin éditorial, si rare aujourd’hui, de la bienfacture technique de l’ouvrage.

Claude Quartier invite à la découverte d’un florilège de plusieurs dizaines de chapelles sur l’ensemble du territoire helvétique.

Précisons d’emblée qu’il ne s’agit nullement d’un guide routier, quand bien même il peut se voir appelé à rendre service à l’occasion de promenades dominicales.

J’évoquais plus haut la bienfacture technique ; les pages du livre sont en effet cousues et résistent ainsi bien mieux à l’épreuve du temps que ces reliures thermocollées dont le 95% des ouvrages sont actuellement constitués. A cela s’ajoutent deux rabats de couverture, le recours à un très beau papier et de superbes photos en couleurs à chaque page.

Le livre de Claude Quartier ne nous promène pas au gré des routes selon des cartes routières mais il nous propose des approches d’ordre thématique. Parmi les douze thèmes que l’auteur a retenus, relevons les chapelles commémoratives, votives, mortuaires, la baroque alpin, les chapelles protestantes, les chapelles et les saints, les chapelles et la peste, les lieux de pèlerinage.

Lieux de culte souvent décentralisés, le plus souvent plus petites que les églises, édifices religieux d’appoint parfois privés, les chapelles sont souvent plus « touchantes » que les grandes églises ou les cathédrales ; par l’intimité et la simplicité qu’offrent la plupart d’entre elles, elles parlent sans doute plus directement à notre sensibilité.

Comme le relève Claude Quartier, « les chapelles sont là pour conjurer le mauvais sort, faire rempart contre l’esprit malin, rendre grâce, commémorer un haut fait, enrichir le message religieux ». Elles suscitent un facteur de sympathie.

C’est un guide thématique précieux et bien documenté que nous offre Claude Quartier ; il permet de nous ressourcer en des lieux souvent isolés où l’Esprit souffle tout autant et parfois davantage que dans les grandes cathédrales.

Jacques Herman

À propos de «Ni dieux, ni diables» de Michel Bavaud

«Ni dieux, ni diables» est un ouvrage de quelque 130 pages, divisé en une vingtaine de chapitres dont chacun constitue une unité de lecture.2015 Image F. Bavaud

Le lecteur peut donc y naviguer à loisir, y picorer, revenir sur ses pas, aussi bien que lire ce cri du cœur d’une seule traite.

Michel Bavaud nous était déjà connu pour son «Epître au Romain» (un singulier significatif), «Dieu, ce beau mirage», ou «L’Evangile de l’athée», entre autres.

C’est le même arrière-plan que nous découvrons ici, celui d’un catholique romain devenu athée, apparemment moins en révolte contre l’Eglise que contre le fait d’avoir été dupe, naguère, de niaiseries bibliques et théologiques qui ne sauraient tenir la route selon lui, eu égard à la raison.

Une nouvelle expression du «coming out» de l’ancien croyant? Pas vraiment ; on verrait plutôt ici le développement de l’affirmation d’un homme qui, au soir de sa vie, exprime le mûrissement de la découverte de sa propre lumière qui se situe aux antipodes de ses convictions et pratiques religieuses d’antan. Il nous fait partager tout à la fois son bonheur presque jubilatoire d’affirmer une autonomie complète de la pensée et la déception, l’amertume voire l’indignation de l’homme révolté d’avoir été pris au piège de croyances que sa conscience a désormais rejetées.

Entendons-nous bien: Michel Bavaud n’abandonne pas le catholicisme au profit d’une autre expression de foi, mais en faveur d’un athéisme caractérisé. A la question relative à l’«Indicible» ou au «Tout Autre», il répond: «Alors, pourquoi mille et une religions en parlent avec conviction et y consacrent tant de commentaires?».

Et à la question de savoir si la raison n’est parfois pas trompeuse, il répond: «Peut-être, mais je n’ai que celle-là et je dois me débrouiller avec elle».

Jacques Herman


Michel Bavaud, Ni dieux, ni diables, 2015, chez l’auteur, 1733 Treyvaux

Jean Vanier: Entrer dans le mystère de Jésus

Jean Vanier est né en 1928 à Genève. Ancien officier de marine, docteur en philosophie, il est l’auteur de plusieurs livres d’inspiration chrétienne. Il s’est consacré tout particulièrement aux personnes ayant une déficience intellectuelle. On lui doit, entre autres, la fondation de la Communauté de l’Arche. Il a obtenu le prix «Pacem in Terris» en 2013, année de la publication d’«Entrer dans le mystère de Jésus».

entrer-dans-le-mystere-de-jesus-jean-vanierC’est un « beau livre», en ce sens qu’il présente conjointement trois intérêts différents. Théologique d’abord, puisqu’il s’agit d’un commentaire de l’Évangile de Jean, éthique ensuite, en ce sens que la lecture du 4e Évangile s’inscrit dans une perspective spirituelle ancrée dans la complétude et la finitude de l’homme, poétique enfin, par l’élégance naturelle de la langue et par l’aspect formel de l’énoncé.

Ce dernier point interpelle d’abord puis finit par s’imposer comme une modalité littéraire naturelle compte tenu de la spécificité de l’Évangile johannique. Il ne s’agit pas de poésie en prose, mais d’une prose disposée comme des vers libres, de la première à la dernière page.

Avec Jean Vanier, nous sommes très loin, dans cet ouvrage comme dans tous ceux qui l’ont précédé, des énoncés académiques ou du langage abscons. Tout repose ici dans une fluidité naturelle, sans excès et sans fioritures, une expression que l’on pourrait à la fois qualifier de poétique et de cristalline.

Dans ce commentaire du 4e Évangile, considéré dans l’ordre des versets, surgissent souvent de très belles perles théologiques et philosophiques qui méritent vraiment le détour et que l’on souhaiterait mémoriser une fois la dernière page lue.

Jacques Herman


Jean Vanier, Entrer dans le mystère de Jésus. Une lecture de l’Évangile de Jean, éditions Salvator, Paris, 2013, 378 pages.

La Bible oubliée

bible-oublieCe livre a été publié pour la première fois en français dans une traduction de Gabriel Raphaël Veyret chez Albin Michel en 2004. Il s’agit ici de la nouvelle édition de 2014, chez le même éditeur, au format de poche. Titre original en anglais: The lost Bible

Bien sûr, le lecteur francophone peut avoir accès aux textes apocryphes via les volumes publiés par Gallimard dans la prestigieuse collection de la Pléiade et, de manière plus restreinte à des publications partielles pourvues ou non d’appareil critique. Mais « La Bible oubliée » est le premier ouvrage qui rend accessibles à un large public ces « versants occultés de la littérature bibliques » dans une lecture suivie, très intelligemment conçue et admirablement structurée.

L’ouvrage qui compte quelque quatre cents pages est divisé en deux parties de volume à peu près égal. La première est relative aux apocryphes vétérotestamentaires et la seconde concerne les apocryphes chrétiens.

L’auteur, le théologien anglais J.R. Porter, a conçu chacun des courts chapitres autour d’un thème qui suit un déroulement logique, parallèle au corpus canonique. La première moitié de l’ouvrage est articulée en quatre éléments : les commencements, les paroles des patriarches, les écrits prophétiques et enfin les psaumes et les odes. Six articulations concernent la seconde moitié: les années manquantes de Jésus, les Evangiles de la Passion, les mystères gnostiques, les légendes apostoliques, les visions eschatologiques et finalement les textes épistolaires.

Chacun des thèmes est divisé en plusieurs sous-chapitres qui sont eux-mêmes articulés en deux parties : la première consiste en la présentation et l’interprétation du sujet du sous-chapitre tandis que la seconde partie offre un extrait en caractères italiques de l’un des textes apocryphes concernés.

Le livre peut se lire comme un roman, de la première à la dernière page, et le parcours effectué répond alors au désir de suivre l’ordre familier de la succession des livres canoniques. Il peut tout aussi bien faire l’objet de consultations ponctuelles à la manière encyclopédique.

La simplicité et la clarté des énoncés sont typiquement anglo-saxonnes (le langage « from point to point ») et elles rendent par là même le livre accessible au plus grand nombre et en particulier aux lecteurs qui n’apprécient pas nécessairement de voyager dans les méandres de la théologie académique.

Un paragraphe de la quatrième de couverture définit parfaitement le contenu de ce très beau livre en quelques mots : « Témoins d’une antiquité où florissaient les vocations prophétiques et les interprétations divergentes, ces voix sont restituées dans une polyphonie tour à tour apocalyptique et essénienne, judéo-chrétienne et gnostique ».

Jacques Herman


J.R. Porter, La Bible oubliée, Coll. Spiritualités vivantes, éd. Albin Michel, 2014

La Bible de Maredsous, cuvée 2014

C’est à chaque fois une surprise de découvrir une nouvelle version biblique en langue française. Certaines sont diffusées dans un grand tapage médiatique, comme la TOB en 2010, d’autres dans une discrétion absolue, comme cette version 2014 de la Bible de Maredsous.

Il s’agit d’une Bible catholique – comprenant donc les livres deutérocanoniques – produite par les moines bénédictins de l’abbaye de Maredsous, dans la partie méridionale de la Belgique. C’est à l’évidence une Bible pastorale dont les intitulés des péricopes se présentent comme des notes introductives. La lecture en est agréable, la traduction se situant à mi-chemin entre l’équivalence formelle et l’équivalence dynamique, un peu dans l’esprit de la New International Version pour la langue anglaise. A l’instar de la Traduction Officielle Liturgique parue en 2013, la Bible de Maredsous se prête bien à la lecture publique ou à la « dévotion personnelle », mais il ne s’agit aucunement d’une Bible d’étude à laquelle les catholiques préféreront la TOB ou la Bible de Jérusalem.

A vrai dire, seule la présentation et la typographie sont neuves. La traduction de Dom Georges Pesselecq o.s.b. (1909-1999) de 1950, révisée en 1968 en collaboration avec les moines de l’abbaye de Hautecombe, a fait l’objet d’une refonte importante publiée en 1997 sous le titre Bible Pastorale, œuvre du Centre informatique et Bible de Maredsous auquel nous sommes redevables des excellentes concordances de la TOB et de la Bible de Jérusalem. La version 2014 a très largement repris la traduction révisée de Passelecq telle que revue en 1968 et corrigée lors des refontes ultérieures.

Dans les éditions précédentes de la Bible de Maredsous, le texte biblique était disposé en deux colonnes tandis que dans la version 2014, le texte est disposé en une seule colonne. C’est une option éditoriale mais ce n’est probablement pas la plus adéquate pour une Bible.

On peut aussi regretter le rejet de toutes les notes en fin de volume.

On déplorera sans doute tout autant la rareté des parallèles bibliques, l’absence d’un glossaire, d’un index, d’une harmonie des Evangiles, et la pauvreté de la cartographie qui se résume en deux cartes on ne peut plus sommaires en 2e et 3e de couverture.

La reliure est cousue, ce qui assure évidemment une plus grande longévité qu’à l’édition collée précédente, mais la couverture souple en papier ne pourra résister longtemps à un usage fréquent.

Enfin, et ce n’est pas sans importance, il s’agit d’une Bible à gros caractères, plus reposante pour les yeux que, par exemple, la dernière édition de la TOB dite « à notes essentielles ». Cette version 2014 de la Bible de Maredsous est vendue 29€50 et disponible sur tous les sites de vente en ligne et dans quelques librairies. Elle a obtenu le nihil obstat, l’imprimi potest et l’imprimatur et est diffusée par les Editions Fidélité à Namur.

Jacques Herman

 

La Bible et l’écologie

C’est probablement à cause d’une certaine propension à se tenir en retrait de la gestion politique des affaires du monde, que les chrétiens évangéliques se montrent assez peu diserts en matière d’écologie. En 2013, les éditions Excelsis conjointement avec Edifac viennent cependant d’ajouter à leur catalogue ce nouvel ouvrage de Frédéric Baudin, pasteur et directeur de l’association Culture-Environnement-Médias, association qui a pour objet de promouvoir les valeurs chrétiennes de l’environnement et des média. On devait déjà au même auteur « Dieu est-il vert ? Ecologie et foi chrétienne» paru en 2007 aux Editions Croire et Lire. Frédéric Baudin est vice-président de l’AEF (Alliance Evangélique Française).

Qu’en est-il du questionnement écologique dans la perspective chrétienne? On sait que, voulant mieux « dominer et soumettre » la terre, les chrétiens ont souvent participé à l’exploitation débridée des ressources naturelles. On sait aussi que d’aucuns, dans les mouvances évangéliques en particulier, estiment peu utile de sauvegarder notre planète pour la simple raison qu’elle se verra tôt ou tard remplacée par « de nouveaux cieux et une nouvelle terre ».

Frédéric Baudin, dans ce petit livre de quelque 160 pages, interroge le texte biblique et soulève particulièrement la question du lien entre l’irruption de Jésus-Christ dans le monde et la mission humaine de cultiver et de garder la terre.

Un texte dense, clairement structuré, bien documenté, susceptible de nourrir la réflexion de tous les chrétiens, quelles que soient par ailleurs les dénominations dont ils se réclament.

Au sommaire on découvre, parmi d’autres thèmes importants, le renversement de l’ordre créationnel, les lois et les limites de l’activité humaine, l’Evangile dans ses rapports avec la protection de l’environnement, et l’eschatologie dans ses rapports avec l’écologie.

Jacques Herman

Jésus pour le 21e siècle

D’une certaine manière, John Shelby Spong est à la théologie ce que Joël Dicker est à la littérature: un auteur prolifique dont les ouvrages sont imprimés à des centaines de milliers d’exemplaires sans que l’on sache trop pourquoi. Un phénomène d’édition qui ne laisse pas d’intriguer.

Le Dr Spong est né en Caroline du Nord en 1931. Ancien évêque épiscopalien, théologien libéral, il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages dont un seul, à ce jour, a été traduit en français sous le titre Jésus pour le XXIe siècle (Editions Karthala). De nombreux textes de Spong ont cependant été publiés dans une traduction française sur le site de Gilles Castelneau, Protestants dans la ville.

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La Bible – traduction officielle liturgique

Recension par Jacques Herman

La traduction officielle liturgique, dernière version biblique en date en langue française, Editions Mame, Paris, 2013

Nous disposons aujourd’hui d’un choix assez important de versions bibliques en langue française: de Chouraqui à la Bible en français courant, en passant par la Jérusalem, les traductions de Darby, Crampon, Ostervald, Segond (1910, Colombe, NEG, NBS, Segond 21), la TOB et la Bible du Semeur. Certaines privilégient la traduction littérale (à des degrés divers), d’autres l’équivalence dynamique.

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