Archives de catégorie : humeur

La géométrie printanière n’est pas ardue

Il suffit que nous soyons un peu en hauteur pour être émerveillés par la mosaïque printanière que nous offre la campagne. Le dessin géométrique des champs de colza est en train de s’atténuer, mais il est relayé par le vert tendre et le vert-bleu des blés qui s’élèvent rapidement. Encore une fois, je me suis demandé pourquoi un tel paysage nous plaisait et nous réconfortait si fort, pourquoi il pouvait même infuser en nous le sentiment du sublime, en sorte que nous le trouvons « beau ».

La réponse repose sur des éléments subjectifs, qui ont cependant un ancrage dans le réel. Les tons vifs et clairs nous confirment la fin de l’hiver et symbolisent la vigueur retrouvée du vivant. Mais, à cette première émotion s’ajoute une réaction à la fois plus abstraite et plus existentielle : nous sommes rassurés par la régularité, par la consistance de la géométrie du paysage ; cette géométrie nous garde de la peur du chaos, de l’indéterminé, de l’inorganisé, cet état hostile à la vie et vide de signification, absurde. Cet état, qui, selon le livre de la Genèse, précédait la création. La raison en nous, qui vérifie l’ordre et la différence existant dans le tableau de la nature, nous rappelle que nous vivons au-delà de ce chaos ; en résulte un sentiment de sécurité et de reconnaissance.

Cependant, les choses ne sont pas si simples : il existe une autre peur, entraînant du coup un autre besoin de sécurité : elle provient, à l’inverse, de la vision de ce qui est trop géométrique et trop symétrique. Un jardin à la française, une architecture contemporaine archi-rectangulaire peuvent provoquer en nous ce malaise : nous avons l’impression que là aussi la vie est exclue, tuée par le manque de différence, et comme par un excès de raison. La peur de la monotonie, de ce qui nous apparaît froid ou glacial, s’enracine dans la peur de la mort.

Nous désirons que notre existence soit à la fois structurée et ouverte, ferme et mobile, apte à intégrer et à donner. Et puisqu’instinctivement, en contemplant un paysage, nous établissons un rapport à notre existence, nous aimons à retrouver en lui les caractères qui nous semblent essentiels. C’est évidemment le travail humain qui les a transférés dans la nature, en sorte que notre contemplation a toujours quelque chose de narcissique. Impossible de nous débarrasser complètement de ce comportement, qui nous fait appréhender toute réalité selon la mesure humaine. Même face à une étendue désertique qu’aucune main n’a façonnée, une plaine de Mars ou la mer, nous projetons nos envies de voyageurs et notre exigence de synthèse et d’équilibre. Nous devons nous réjouir, je pense, de ce grand jeu de miroir qui nous redit le miracle de la vie et fait barrière contre le non-sens et le néant.

Par René Blanchet.

François versus Christiane

«On ne peut provoquer, on ne peut insulter le foi des autres», affirme le pape François, réagissant aux attentats de Paris.

La liberté d’expression a des limites. Le domaine de la foi relève du sacré. Affirmer «Je suis Charlie», c’est-à-dire s’inscrire dans la mouvance de la revendication du droit absolu de se moquer de l’espace sacré, de quelque religion qu’il s’agisse, relève du registre de la transgression.
La liberté d’action n’implique pas la profanation des cimetières et l’atteinte à la paix des morts, comme la liberté sexuelle n’inclut pas le droit aux pratiques pédophiles ou à la nécrophilie, comme le droit à la propriété n’autorise pas l’appropriation frauduleuse.

A propos de la liberté d’expression, le pape ajoute dans une conférence de presse :
«Il faut avoir cette liberté, mais sans offenser. Car il est vrai qu’il ne faut pas réagir violemment, mais si M. Gasbarri [responsable des voyages du Pape, à côté du Pape pendant l’interview], qui est un grand ami, dit un gros mot sur ma mère, il doit s’attendre à recevoir un coup de poing! C’est normal… On ne peut pas provoquer, on ne peut pas insulter la foi des autres, on ne peut pas se moquer de la foi!»

Un peu plus de la moitié de la population française selon un récent sondage ne partage cependant pas cette position, se rangeant derrière la déclaration à Montreuil (Seine-Saint-Denis) de la ministre de la justice, Christiane Taubira : « On peut tout dessiner, y compris un prophète parce qu’en France, pays de Voltaire et de l’irrévérence, on a le droit de se moquer de toutes les religions ».

Le respect de la foi d’autrui comme de la sienne propre présuppose évidemment que le sacré est une composante réelle et objective de la vie humaine.

Jacques Herman

STOP! Ce récit vous concerne!

Que vous croyiez ou non que Jésus est le Fils de Dieu, que vous soyez ou non convaincus qu’il est ressuscité, ce récit est pour vous!

Un homme qui aurait pu prétendre tout maîtriser et dominer ne se laisse tenter ni par l’argent et l’accumulation de biens, ni par le pouvoir ni par la satisfaction de son ego à travers l’adoration de ses fans. Il parle en revanche de bienveillance, de respect mutuel, de mise au service de nos compétences pour le bien d’autrui. Et il vit et agit selon ces valeurs. Il prend aussi le temps de se recentrer à l’écart en se reliant à une dimension qui à la fois le porte, l’enveloppe et l’habite. Mais il dérange tellement qu’il est mis au ban de la société. Il finit même par être condamné à une mort atroce et dégradante : plus question ici de soigner son ego ! C’est pourtant de cette mort que jaillit ensuite une vie encore plus ample. Ceux qui ont vu en cet homme un modèle dépassant la compréhension purement rationnelle disent eux aussi connaître une vie plus profonde, plus riche. Ils parlent d’une énergie qui les anime pour chercher à mieux vivre ensemble dans la reconnaissance, à s’entraider et à accueillir les autres tels qu’ils sont pour partager avec eux ce qu’ils ont reçu.

Interpellant, non?

Ce récit n’est-il pas une belle invitation à reconsidérer de toute urgence nos priorités et notre manière de vivre?

Anne Sandoz Dutoit

Point de vue ou point de vie?

Par Florence Hostettler.

Paysage étonnant en plein été! Pourtant, c’est bien ce point de vue-là que j’aime et qui me permet, à toutes saisons, de me ressourcer, de trouver le calme intérieur et peut-être aussi de me rafraîchir les idées.

Il y a quelques jour, j’ai reçu un message d’un ami qui m’envoyait une photo d’un beau paysage, m’écrivant ceci: «Je t’offre un joli point de vie…oups pardon….un joli point de vue!» Je ne sais pas si son erreur était volontaire au départ, mais j’ai trouvé le jeu de mot très beau et très parlant. Je me suis dit qu’au fond, je ne fais pas autre chose lorsque je prends de la hauteur pour avoir un beau point de vue: bien souvent, par la même occasion, je fais mon point de vie. Et vice versa.

Il y a deux ans, lorsque j’ai choisi de commencer des études de théologie à l’université, j’ai dû regarder plus loin que le bout de mon nez et accepter que ma vie soit chamboulée, comme un paysage d’hiver peut venir chambouler le plein été! Il a fallu laisser se déployer devant moi et en moi cet horizon qui n’était qu’un rêve inaccessible au départ. Le séminaire de culture théologique des Cèdres a été un sacré tremplin! Il m’a offert un beau point de vue, il m’a permis de prendre cette hauteur qu’il me fallait pour oser le pas et avoir un autre point de vie!

Il y a des jours où mes études de théologie me paraissent comme une immense montagne à gravir. Même si j’aime la montagne, il serait alors illusoire de vouloir compter sur mes propres forces. C’est bien là qu’il s’agit de prendre de la hauteur, avec douceur et humilité. Poursuivre le chemin avec courage et avec confiance, sachant que les forces seront là, un jour après l’autre. Au risque de vaciller un peu, je finis toujours par trouver un beau point de vue, d’où je réalise combien ce que je vis est à la fois intense, bouleversant et riche! L’horizon est alors teinté d’espérance et de reconnaissance.

Si les montagnes ne se déplacent pas, il n’y a pourtant pas deux fois où je vois ce paysage avec le même regard. Si le point de vue est toujours le même, mon point de vie, lui, évolue d’un jour à l’autre! D’un point de vie à l’autre, j’apprends que chaque détail est important et mérite que j’en prenne soin. Il n’y a pas de parenthèse qui ne vaut la peine d’être vécue. Chaque jour est à réinventer et chaque rêve est une promesse. Croire en cette promesse, c’est me laisser toucher par l’amour de Dieu, simplement, et ne pas y renoncer. Dieu sait s’interposer sans s’imposer. Il ouvre une brèche, même quand la vue semble bouchée. La vie trouve ainsi un chemin, et souvent son plus beau chemin.

Entre ce point de vue et mon point de vie, il n’y a finalement qu’un iota de différence…et peu importe la saison! Renverser l’ordre des choses permet parfois de réenchanter sa vie!

«La plus grande douceur de la vie, c’est d’admirer ce qu’on aime.»
Laure Conan, À l’œuvre et à l’épreuve