Humanisme!

Par Jean-François Habermacher

Dans Le Monde diplomatique du mois d’octobre, Edgard Morin plaide pour un retour à un «humanisme régénéré», revitalisé par les valeurs de solidarité et de responsabilité. Sur l’arrière-fond planétaire qui est le nôtre désormais, il appelle de ses vœux une mutation de l’humanité: «Pour subsister, l’humanité doit absolument changer».
Mais par quels tours de passe-passe et coups de baguette magique compte-t-il y parvenir ? Continuer la lecture de Humanisme!

Pétition adressée aux autorités de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV)

Conscients de l’urgence qu’il y a à sensibiliser la population aux problèmes climatiques qui menacent notre vie sur la planète, en particulier celle des plus pauvres, quelques membres du Groupe de Réflexion Ecologie et Spiritualité (GRES) de Cèdres Formation ont décidé de s’adresser aux autorités de l’Eglise réformée vaudoise pour l’encourager à faire de cette question une priorité. Cette pétition, munie des signatures de ceux qui la soutiendront leur sera remise avant la prochaine session du Synode soit à la fin du mois d’octobre 2015. Toute personne, de toute nationalité, de toute confession, voire sans confession, est invitée à soutenir cette pétition. A ce titre nous la mettons en ligne ci-dessous accompagnée de quelques textes expliquant les raisons et motivations de cette démarche.

Alain Cauderay
Coordinateur du GRES

 

Climat – Combattre le sentiment d’impuissance et vouloir des décisions

Par Jean Martin, ancien médecin cantonal vaudois.

Le 30 novembre prochain commence à Paris la Conférence mondiale COP 21 sur le climat. L’espoir existe dans plusieurs milieux que des avancées majeures y seront enregistrées. D’autres restent désabusés par l’échec de Copenhague en 2009 ; toutefois, au plan politique comme sociétal, on voit des mouvements qui permettent d’espérer mieux. Dans la série «Pardonnez-moi», sur RTS Un, Darius Rochebin interviewait le 16 août Nicolas Hulot, envoyé spécial du Président Hollande pour la protection de la planète. Hulot a repris une formulation de Barack Obama, disant que nous sommes la première génération qui a conscience de sa vulnérabilité et la dernière qui a la faculté d’éviter que son destin lui échappe.

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », avait dit Jacques Chirac au Sommet de la Terre de 2002 à Johannesburg . Personne n’aime les mauvaises nouvelles et c’est un facteur fort dans la difficulté à sensibiliser nos concitoyens à la réalité des dangers, relevait récemment Jacques Mirenowicz, rédacteur de La Revue Durable, lors de l’assemblée récente à Lausanne de l’association « Grands parents pour le climat ». Il nous coûte d’abandonner l’idée que la terre est corvéable à merci, que l’abondance est la norme… Aux Etats-Unis, la moitié du pays résiste bec et ongles à l’idée que l’homme est responsable des changements que nous vivons et dont, sauf réorientations capitales de nos modes de produire et de vivre, les effets seront catastrophiques (notion d’Anthropocène, à savoir que l’influence de l’activité humaine sur la planète a un poids « géologique » – mais très rapide). Pourtant, note Hulot, les plus climato-conscients aux USA sont les militaires, peu suspects d’être des « greenies » (écologistes naïfs).

De vives pressions se marquent pour obtenir des décisions qui modifieraient dans le bon sens les pratiques actuelles, par exemple :

s’engager à laisser sous la terre (sans les exploiter) les 75-80% des ressources non renouvelables qui y sont encore. Il s’agit, à la place, que « les énergies renouvelables deviennent une force économique révolutionnaire susceptible d’alimenter une transition socialement juste », dit la grande organisation 350.org, active dans le monde entier (qui tire son nom du fait qu’il importe de redescendre vite du niveau actuel de 400 ppm (400 parties par million) de carbone dans l’atmosphère à 350). En vue de la conférence de Paris, 350.org collabore avec la personnalité canadienne Naomi Klein, auteure du remarqué „Tout peut changer – Capitalisme et changement climatique“ (Actes Sud, 2015).

2) désinvestir massivement, au plan financier, le domaine des énergies non renouvelables. Convaincu que le climat est l’enjeu principal de l’époque, le journal The Guardian, un de plus respectés de la planète, a décidé de militer pour cette cause. A fin juin, un groupe de leaders de la santé demandait dans le journal à un institut financier majeur, The Wellcome Trust, de s’engager dans un tel désinvestissement (le changement climatique a des impacts considérables sur la santé, la revue Lancet juge elle aussi que c’est une menace formidable pour le XXIe siècle). Et le 14 août The Guardian publiait les noms de 1’000 médecins et autres professionnels qui se sont associés à cet appel (dont des Suisses). Suite à l’encyclique « Laudato si’ » du Pape François, louée de tous côtés pour sa clarté et son importance politique, des appels sont lancés au Vatican aussi pour qu’il retire son argent du secteur non renouvelable.

Aujourd’hui, la pertinence des conclusions scientifiques du GIEC n’est plus contestée : les faits sont les faits – et, comme le disait il y a quelques décennies le politique et académique américain Daniel P. Moynihan, si chacun a droit à son opinion, chacun n’a pas droit à ses propres faits ! Au-delà du technique, est débattue de plus en plus une dimension autre, spirituelle, humaniste ; les leaders religieux ont tardé à le faire mais ils se réveillent. « L’humanité a rendez-vous avec elle-même, ce qui se joue à Paris, c’est l’irréversibilité des phénomènes », dit Hulot.

Cela étant, la reddition devant la difficulté à changer, l’indifférence ou la paresse (« Cela a bien été jusqu’ici, cela ira bien encore quelque temps ») ne sont pas des options acceptables. Surtout pour ceux qui, d’une manière ou de l’autre, ont à prendre position face aux défis généraux lancés à notre société. Les Eglises notamment ; au moment de la réunion de Paris comme à plus long terme, il importe qu’elles apportent vivement leur contribution à la résolution d’une crise qui n’est pas seulement environnementale mais est, on le voit bien, une crise de civilisation.

3) n’oublions pas, enfin, que les ressources non renouvelables, tout au long de l’histoire, ont été très souvent des facteurs de guerres et d’oppression, alors que la promotion et le développement des énergies renouvelables est un important facteur de paix.

Corbeau

Le corbeau a traversé le ciel d’un jet d’encre,
Puis a disparu
Les mots se sont envolés,
        Leur trace s’est effacée…

            Sous mes yeux, un ciel limpide emplit de silence

Michèlle Chaubert

Pluie & Soleil

Que voit-on quand on voit?
           Que dit-on quand on dit?

Elle lui lança à la hâte:
Il n’y a pas de soleil aujourd’hui, il pleut!
La petite fille se mit à regarder au dehors, par la fenêtre de sa chambre, songeuse…

Les rayons du soleil s’éteignent-ils vraiment quand il pleut?…

           Que voit-on quand on voit?
                      Que dit-on quand on dit?

Michèlle Chaubert

«Réfléchissons ensemble à un chemin de réconciliation avec la nature…»

Par Alain Cauderay, Coordinateur du GRES

Les membres du GRES (Groupe de Réflexion Ecologie et Spiritualité) ont animé un stand au Festival de la Terre 2015. Mais qu’est-ce donc que le GRES ? Quel est ce nouveau venu au sein de Cèdres Formation ? Et qu’est-il allé faire au Festival de la Terre ?

Lors de la saison 2013-2014, Le Club Cèdres s’est penché sur la thématique de l’écologie vue sous l’angle de la spiritualité, en s’appuyant sur des penseurs et des experts connus pour être pertinents dans ce domaine. Face à la menace que fait peser notre manière de vivre, de produire, de consommer, sur les écosystèmes et le climat de notre planète, – menace qui pèse plus particulièrement encore sur les populations les plus pauvres -, ces spécialistes nous ont dit que les nombreuses solutions techniques proposées (écogestes, lois vertes, produits bio, développement durable, modèles de transition, contraintes légales, etc.) n’étaient, à leur avis, pas suffisantes. Il est nécessaire aussi que l’humain évolue dans la relation qu’il entretient aujourd’hui avec son environnement. Ce défi ne sera pleinement relevé que si l’être humain transforme le « regard » qu’il porte sur la nature, sur la planète, sur lui-même et ses semblables, en prenant acte de la dimension spirituelle qui les habite.

De cette réflexion et prise de conscience est né en automne 2014 un groupe réunissant quelques personnes, le Groupe de Réflexion sur l’Ecologie et la Spiritualité (GRES). Il s’est donné pour objectif de passer de la réflexion aux actes. Une opportunité s’est présentée, celle de participer au Festival de la Terre, dont le thème soulignait justement cet aspect : « L’Age du faire »…

Le stand se voulait une plateforme de discussion et d’échange avec le public sur le thème « écologie et spiritualité ». Pour cela, il s’agissait de trouver le moyen d’entrer en contact avec les gens. Deux outils ont été utilisés. Un cadeau offert sous la forme d’une feuille de papier roulée contenant une citation courte d’un penseur, d’un philosophe, d’un écrivain ou d’un théologien, provenant d’un peu toutes les cultures. Cette citation permettait d’aller à la rencontre des passant-e-s pour les interpeller, les faire réagir et susciter un dialogue. Un autre moyen fut également utilisé, celui d’un jeu, à savoir une Noce-à-Thomas représentant cinq fléaux à combattre : la pollution, l’accaparement, la déforestation, la surconsommation et le défaitisme. En outre, les visiteur-se-s étaient invité-e-s à écrire une pensée personnelle qu’ils pouvaient accrocher, tel un oiseau ou une feuille, sur les branches d’un grand « arbre de vie » dessiné sur le fond du stand. Enfin, une brochure expliquant notre perspective et contenant un florilège de textes d’auteurs leur était offerte.

Ce fut une expérience intéressante et enrichissante, qui eut beaucoup de succès. Les temps morts ont été fort rares, les dialogues et les échanges souvent profonds. Il est particulièrement réjouissant de constater que beaucoup de gens sont convaincus que la société ne peut se contenter d’envisager des mesures matérielles pour lutter contre le défi représenté par les dérèglements climatiques et écologiques, mais qu’elle doit aussi passer par une transformation du regard porté sur la planète. C’est vrai que nous prêchions peut-être des convaincus… Mais certains propos revenaient comme un leitmotiv : nous devons cesser de nous croire extérieurs à notre environnement et au monde créé ; nous devons arrêter de considérer la nature et toute la planète comme une réserve dans laquelle nous pouvons puiser indéfiniment pour satisfaire notre besoin de surconsommation et notre cupidité.

Nous faisons partie de ce monde au même titre que tout ce qui s’y trouve. Il est donc essentiel que notre relation avec lui soit faite de respect et de la reconnaissance de sa dimension « sacrée », vu qu’il nous est donné, et par là, nous dépasse.

GRES

Nous avons le plaisir d’informer ceux qui n’ont pas eu l’opportunité de passer nous voir que nous serons également présents à la Journée d’Eglise le samedi 5 septembre prochain, à proximité de la Cathédrale de Lausanne.

La géométrie printanière n’est pas ardue

Il suffit que nous soyons un peu en hauteur pour être émerveillés par la mosaïque printanière que nous offre la campagne. Le dessin géométrique des champs de colza est en train de s’atténuer, mais il est relayé par le vert tendre et le vert-bleu des blés qui s’élèvent rapidement. Encore une fois, je me suis demandé pourquoi un tel paysage nous plaisait et nous réconfortait si fort, pourquoi il pouvait même infuser en nous le sentiment du sublime, en sorte que nous le trouvons « beau ».

La réponse repose sur des éléments subjectifs, qui ont cependant un ancrage dans le réel. Les tons vifs et clairs nous confirment la fin de l’hiver et symbolisent la vigueur retrouvée du vivant. Mais, à cette première émotion s’ajoute une réaction à la fois plus abstraite et plus existentielle : nous sommes rassurés par la régularité, par la consistance de la géométrie du paysage ; cette géométrie nous garde de la peur du chaos, de l’indéterminé, de l’inorganisé, cet état hostile à la vie et vide de signification, absurde. Cet état, qui, selon le livre de la Genèse, précédait la création. La raison en nous, qui vérifie l’ordre et la différence existant dans le tableau de la nature, nous rappelle que nous vivons au-delà de ce chaos ; en résulte un sentiment de sécurité et de reconnaissance.

Cependant, les choses ne sont pas si simples : il existe une autre peur, entraînant du coup un autre besoin de sécurité : elle provient, à l’inverse, de la vision de ce qui est trop géométrique et trop symétrique. Un jardin à la française, une architecture contemporaine archi-rectangulaire peuvent provoquer en nous ce malaise : nous avons l’impression que là aussi la vie est exclue, tuée par le manque de différence, et comme par un excès de raison. La peur de la monotonie, de ce qui nous apparaît froid ou glacial, s’enracine dans la peur de la mort.

Nous désirons que notre existence soit à la fois structurée et ouverte, ferme et mobile, apte à intégrer et à donner. Et puisqu’instinctivement, en contemplant un paysage, nous établissons un rapport à notre existence, nous aimons à retrouver en lui les caractères qui nous semblent essentiels. C’est évidemment le travail humain qui les a transférés dans la nature, en sorte que notre contemplation a toujours quelque chose de narcissique. Impossible de nous débarrasser complètement de ce comportement, qui nous fait appréhender toute réalité selon la mesure humaine. Même face à une étendue désertique qu’aucune main n’a façonnée, une plaine de Mars ou la mer, nous projetons nos envies de voyageurs et notre exigence de synthèse et d’équilibre. Nous devons nous réjouir, je pense, de ce grand jeu de miroir qui nous redit le miracle de la vie et fait barrière contre le non-sens et le néant.

Par René Blanchet.

Venez nous rendre visite au Festival de la Terre !

Les membres du GRES (Groupe de Réflexion sur l’Ecologie et la Spiritualité) de Cèdres Formation seront présents au Festival de la Terre et animeront le stand :

«Réfléchir ensemble à un chemin de réconciliation avec la nature…».

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Scientifiques et experts tirent la sonnette d’alarme. Ils nous rappellent que les écosystèmes et le climat de la planète sont menacés par notre manière de vivre, de produire et de consommer. Notre existence et notre avenir en sont affectés ! Pour tenter de sortir des impasses, chacun-e propose ses solutions : écogestes, lois vertes, produits bio, développement durable, modèles de transition, etc. Le thème du Festival de cette année le souligne : il est temps de passer aux « actes concrets » et d’entrer dans « l’Age du faire »… Les membres du GRES sont d’avis cependant que ces défis ne seront pleinement relevés que s’ils s’accompagnent d’une évolution de l’humain, d’une transformation du « regard » que nous portons sur la nature et la planète, sur nous-mêmes et sur les autres… Avant (ou malgré ?) l’inéluctable, comment initier un tel changement ?

Votre point de vue nous intéresse ! C’est en échangeant et en partageant nos approches que nous parviendrons à trouver ensemble le chemin de la transition, à créer une « vision partagée », à initier un nouveau « style et idéal de vie »…

Et si vous préférez le jeu à la parole, vous pourrez toujours en découdre avec les « Signes des temps », une « Noce-à-Thomas » originale, avec quelques surprises à la clé…

Merci de relayer cette info dans vos réseaux… !

Jean-François Habermacher, directeur de Cèdres Formation
Alain Cauderay, architecte et coordinateur du GRES

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